Origine et histoire du dolmen La Caixa de Rotllan
La Caixa de Rotllan est un dolmen situé sur la commune d'Arles‑sur‑Tech, dans les Pyrénées‑Orientales. Son nom catalan signifie « tombeau de Roland » et une légende locale raconte que le chevalier aurait vécu dans le Vallespir et que, mort à Roncevaux, son corps aurait été ramené par son cheval puis inhumé en ce lieu. Les dolmens sont des sépultures mais bien antérieurs à l'époque carolingienne : la Caixa de Rotllan est datée de la seconde moitié du IIIe millénaire av. J.-C. Le monument occupe une ligne de crête sur le flanc sud du massif du Canigou, à 830 m d'altitude, au pied d'un chaos de rochers granitiques, à la limite des communes d'Arles‑sur‑Tech et de Montbolo, dans le pays du Vallespir. On y accède depuis le village d'Arles soit en suivant une piste carrossable longeant la rivière Bonabosc puis en empruntant un sentier d'environ soixante mètres à travers bois, soit en prenant le GR10 le long de la crête puis un sentier de petite randonnée balisé ; cette portion du GR10 marque le début d'un ancien chemin reliant Arles‑sur‑Tech aux mines de Batère et le trajet à pied demande environ une heure et demie. La piste qui traverse la haute vallée du Bonabosc porte le nom de « route forestière du dolmen » et la carte IGN au 1/25 000 signale le site par une étoile, indiquant une curiosité. Le dolmen est de plan simple : trois dalles verticales forment un H surmonté d'une dalle de couverture et délimitent une chambre rectangulaire. Il est orienté nord‑nord‑ouest / sud‑sud‑est, l'ouverture se trouvant au sud‑sud‑est, orientation qui suit la ligne de crête et qui est fréquente dans les dolmens du département. En très bon état, l'ensemble a une allure imposante due à l'épaisseur des pierres ; il est entouré d'un tumulus grossièrement circulaire d'environ dix mètres de diamètre et est construit en granite local. Les montants latéraux sont deux blocs d'épaisseur irrégulière, de 20 à 57 cm, mesurant 2,40 m de long et 1,30 m de hauteur hors sol ; la dalle de chevet mesure 1,20 m de haut, 1,25 m de large et 20 cm d'épaisseur moyenne, tandis que la dalle de couverture fait 2,60 m sur 1,50 m avec une épaisseur variant de 20 à 45 cm. L'irrégularité des supports assure trois points d'appui et la chambre interne a une surface d'environ 2 m sur 1,30 m. Le plan en H, avec la dalle de chevet encadrée par les latérales, suggère que la dalle de chevet a été posée en premier, ce qui rattache le monument aux constructions du chalcolithique et du début de l'âge du bronze. Le site est connu depuis au moins le Moyen Âge, où il servait de borne marquant la séparation des paroisses d'Arles et de Montbolo, et la limite actuelle des communes passe à proximité ; il est inscrit à l'inventaire des monuments historiques en 1889. Aucune fouille scientifique approfondie n'a encore été menée. La première mention publiée remonte à 1837, par Jean‑Baptiste Renard de Saint‑Malo, qui confondait toutefois la Caixa avec le Palet de Rotllan ; Louis Companyo, en 1861, distingue le palet des dolmens et met en garde contre les amas rocheux naturels, et la première description scientifique complète a été fournie par Alexandre‑Félix Ratheau en 1866, qui a relevé les dimensions, l'orientation et réalisé des plans et des coupes, une gravure d'après photographie paraissant en 1887. Le dolmen figure dès le XIXe siècle dans des guides touristiques et a été francisé sous la forme « Caxa de Roland ». Les mégalithes des Pyrénées‑Orientales portent souvent des noms de personnages mythiques comme Roland ou les « Maures » ; à 1 500 m au nord, le Palet de Rotllan, ainsi que l'abeurador del cavall de Rotllan et la Cova d'en Rotllan (un autre dolmen sur la commune de Corsavy) sont des toponymes liés à la même légende. Selon la Chanson de Roland, les corps de Roland, d'Olivier et de Turpin furent inhumés à Blaye, mais la tradition locale rapporte que le cheval de Roland aurait emporté son maître jusque dans le Vallespir, à l'endroit où il jouait au palet, et qu'un tombeau lui fut élevé : la Caixa de Rotllan ; plusieurs toponymes de la région évoquent d'ailleurs les empreintes des sabots de ce cheval.